
Différence entre heures supplémentaires et travail supplémentaire en Suisse
TL;DR
En Suisse, les heures supplémentaires (Art. 321c CO) dépassent la durée contractuelle. Le travail supplémentaire (Art. 12 LTr) dépasse les maximums légaux de 45h ou 50h/semaine. La majoration est de 25 % dans les deux cas, mais les règles de renonciation et les limites annuelles (140h pour la LTr) diffèrent profondément.
Sommaire
La distinction juridique : CO vs LTr
Deux lois, deux définitions, deux jeux de règles :
Le Code des obligations (CO) régit la relation contractuelle entre l'employeur et l'employé. L'Art. 321c CO définit les heures supplémentaires comme les heures travaillées au-delà de la durée convenue dans le contrat de travail. C'est une notion purement contractuelle : la référence est l'horaire prévu dans le contrat, qu'il soit de 40h, 42h ou 45h par semaine.
La Loi sur le travail (LTr) est une loi de droit public qui fixe des standards minimaux de protection des travailleurs. L'Art. 12 LTr définit le travail supplémentaire comme les heures effectuées au-delà des durées maximales légales hebdomadaires (45h ou 50h selon le secteur). Il s'agit d'une notion légale impérative, à laquelle les parties ne peuvent pas déroger contractuellement.
Les deux s'appliquent en parallèle. Prenez un employé à 40h contractuelles qui bosse 52h dans la semaine : il accumule des heures sup CO (de 40h à 45h ou 50h selon son secteur) ET du travail supplémentaire LTr (au-delà du seuil). Deux régimes, deux compteurs, deux logiques.
Tableau comparatif complet
| Critère | Heures supplémentaires (CO) | Travail supplémentaire (LTr) |
|---|---|---|
| Base légale | Art. 321c CO | Art. 12 LTr |
| Nature | Droit privé (contractuel) | Droit public (impératif) |
| Déclencheur | Au-delà de la durée contractuelle | Au-delà de 45h ou 50h légales/semaine |
| Majoration minimale | 25 % (peut être exclu par écrit) | 25 % (obligatoire, non dérogeable) |
| Exclusion de la majoration | Possible par accord écrit dans le contrat | Impossible (ordre public) |
| Limite annuelle | Pas de plafond légal strict | 140 heures/an (Art. 12 al. 2 LTr) |
| Compensation en congé | Possible avec accord du travailleur | Possible avec accord du travailleur |
| Refus du travailleur | Possible si déraisonnable | Limité (urgence justifiée) |
Les seuils légaux : 45h et 50h
L'Art. 9 LTr fixe deux durées maximales hebdomadaires ordinaires selon le type d'activité :
- 45 heures/semaine : travailleurs des entreprises industrielles, personnel de bureau, techniciens, employés de commerce
- 50 heures/semaine : tous les autres (hôtellerie-restauration, commerce de détail, artisanat, agriculture, etc.)
Au-delà de ces seuils, chaque heure constitue du travail supplémentaire LTr, soumis à la majoration obligatoire de 25 % et au plafond annuel de 140 heures.
Attention : Le seuil LTr est une limite ordinaire, pas une limite absolue. La durée maximale absolue de travail est de 14 heures/jour (Art. 10 LTr), toutes heures confondues. Au-delà, même en urgence, le travail est illégal.
Les majorations respectives
Les deux régimes prévoient une majoration de 25 %, mais leur caractère contraignant diffère fondamentalement :
Majoration CO (Art. 321c al. 3)
La majoration de 25 % est le taux supplétif, applicable en l'absence d'accord contraire. Un contrat de travail peut valablement prévoir que les heures supplémentaires CO sont incluses dans le salaire (forfait d'heures supplémentaires), à condition que cette clause soit rédigée clairement et que le salaire reste "approprié". Le Tribunal fédéral a établi des critères stricts pour la validité de ces clauses.
Majoration LTr (Art. 13 LTr)
La majoration de 25 % pour le travail supplémentaire LTr est impérative : aucune clause contractuelle ne peut la supprimer ou la réduire. Elle peut être remplacée par une compensation en temps équivalente (heure pour heure), mais pas par un forfait salarial prétendant l'inclure.
Qui peut refuser quoi ?
Refus des heures supplémentaires CO
Le travailleur peut refuser des heures supplémentaires CO si elles dépassent ce qui peut "raisonnablement être exigé" compte tenu de ses circonstances personnelles (état de santé, obligations familiales, préavis insuffisant). La notion de raisonnabilité est appréciée au cas par cas. L'employeur, quant à lui, peut refuser de payer les heures supplémentaires s'il ne les a pas commandées et qu'elles n'étaient pas nécessitées par les circonstances.
Refus du travail supplémentaire LTr
Le travail supplémentaire LTr ne peut être exigé qu'en cas de travaux urgents ou de surcroît de travail exceptionnel (Art. 12 al. 1 LTr). Le travailleur dispose de moins de latitude pour refuser quand ces conditions sont remplies. En revanche, l'employeur ne peut pas exiger du travail supplémentaire LTr de manière systématique ou planifiée — ce serait une violation de la loi.
Exemples concrets
Exemple A : Comptable avec contrat de 40h (seuil légal : 45h)
| Heures travaillées | Qualification | Régime applicable |
|---|---|---|
| 40h → 45h (5h supplémentaires) | Heures supplémentaires contractuelles | Art. 321c CO — majoration 25 % (sauf accord) |
| 45h → 48h (3h supplémentaires) | Travail supplémentaire légal | Art. 12 LTr — majoration 25 % obligatoire |
Exemple B : Serveur avec contrat de 45h (seuil légal : 50h)
| Heures travaillées | Qualification | Régime applicable |
|---|---|---|
| 45h → 50h (5h supplémentaires) | Heures supplémentaires contractuelles | Art. 321c CO — majoration 25 % (sauf accord CCT) |
| 50h → 54h (4h supplémentaires) | Travail supplémentaire légal | Art. 12 LTr — majoration 25 % obligatoire |
FAQ (People Also Ask)
Quelle est la différence entre heures supplémentaires et heures complémentaires ?
Les "heures complémentaires" n'ont pas de définition légale propre en droit suisse. Ce terme est parfois utilisé pour désigner les heures effectuées par un travailleur à temps partiel entre son horaire contractuel et la durée normale à temps plein. Ces heures sont rémunérées au taux normal (sans majoration), car elles ne constituent pas des heures supplémentaires au sens de l'Art. 321c CO.
Les heures supplémentaires comptent-elles pour la retraite (LPP) ?
Cela dépend du règlement de votre caisse de pension. Le salaire déterminant pour la LPP inclut en principe le salaire ordinaire, mais pas nécessairement les heures supplémentaires. Vérifiez le règlement de votre institution de prévoyance pour connaître le traitement exact des indemnités d'heures supplémentaires.
Un employé à temps partiel peut-il faire des heures supplémentaires ?
Oui. Pour un employé à temps partiel (ex. : contrat de 20h/semaine), toute heure au-delà de 20h constitue une heure supplémentaire CO dès la première heure. Le régime LTr ne s'applique qu'au-delà du seuil légal (45h ou 50h), ce qui signifie qu'un temps partiel a une large "zone CO" avant d'atteindre le seuil LTr.
Peut-on prévoir contractuellement que toutes les heures supplémentaires sont compensées par du congé ?
Oui, pour les heures supplémentaires CO, sous réserve de l'accord du travailleur (Art. 321c al. 2 CO). Pour le travail supplémentaire LTr, la compensation en temps est également possible si le travailleur y consent. Dans les deux cas, la compensation doit être effectuée dans un délai raisonnable — une accumulation indéfinie d'heures non compensées est problématique.
Les cadres sont-ils exemptés des règles sur les heures supplémentaires ?
Partiellement. Les cadres supérieurs disposant d'une grande autonomie peuvent être soumis à l'opt-out LTr (Art. 73b OLT 1, revenu > CHF 120 000/an), ce qui les dispense de l'enregistrement détaillé des heures. Mais les règles CO sur les heures supplémentaires leur restent applicables en principe — sauf si le contrat prévoit explicitement et valablement que les heures supplémentaires sont incluses dans le salaire global.
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